IA et petites entreprises en France d’ici le printemps 2028 : ce qui est prévu et nos prévisions

Les prévisions sur l’IA sont souvent écrites de façon invérifiable : « tout va changer », « ceux qui ne suivent pas seront dépassés ». Nous procédons autrement. D’abord, ce qui est déjà fixé par la loi ou annoncé avec une date. Ensuite, où en est la France d’après la statistique publique. Et seulement après, trois prévisions, chacune avec un mécanisme, une date de vérification et une condition à laquelle nous reconnaîtrons honnêtement nous être trompés.

Prévisions établies au 15 octobre 2026. Révision en octobre 2027, vérification finale de la prévision 3 en avril 2028 : nous indiquerons ici ce qui s’est réalisé et ce qui ne l’a pas été. Il s’agit d’une analyse, pas d’un conseil en investissement ni d’un avis juridique.

Ce qui est déjà prévu

Les dates jusqu’en 2028 : 2 décembre 2026, marquage des contenus IA par les fournisseurs ; 1er janvier 2027, prélèvement des cotisations par les plateformes ; 1er septembre 2027, facture électronique pour les micro-entrepreneurs ; 2 décembre 2027, règles pour l’IA à haut risque, dont le recrutement
Ces dates ne sont pas des prévisions : elles figurent dans les textes de loi et les annonces officielles.
  • Déjà en place en 2026. Depuis le 2 août, les règles de transparence du règlement européen sur l’IA s’appliquent. Depuis le 22 juillet, les réponses IA de Google (AI Overviews et AI Mode) sont disponibles en France et, depuis le 24 août, selon la presse, la version gratuite de ChatGPT et la formule à bas prix Go affichent de la publicité en France.
  • 2 décembre 2026. Les fournisseurs de services d’IA mis sur le marché avant août doivent apposer un marquage lisible par machine sur les contenus générés. Pour vous, en tant qu’utilisateur, cela signifie une chose : les images issues de l’IA porteront de plus en plus souvent une marque invisible.
  • 1er janvier 2027. Les plateformes numériques d’intermédiation déclarent elles-mêmes le chiffre d’affaires des micro-entrepreneurs et prélèvent les cotisations : tous les détails dans notre calendrier de janvier.
  • 1er septembre 2027. Les micro-entrepreneurs ne peuvent plus facturer leurs clients professionnels qu’en facture électronique et transmettent leurs données de ventes : le plan d’action est dans notre article sur la facture électronique.
  • 2 décembre 2027. Entrée en application des règles sur l’IA « à haut risque », notamment pour la sélection de candidats. Si vous recrutez et triez des CV avec l’IA, vous êtes concerné ; le reste est dans notre article sur l’AI Act.

Où en est la France aujourd’hui

Part des entreprises de 10 salariés ou plus qui utilisent l’IA : France 6 % en 2023, 10 % en 2024, 18 % en 2025 ; moyenne de l’UE 20 %, Danemark 42 % en 2025
Entreprises de 10 salariés ou plus utilisant au moins une technologie d’IA. France : Insee ; UE et Danemark : Eurostat ; même méthode.

Les chiffres sur l’IA comparent souvent des choses incomparables. Pour chacun, voici qui a mesuré quoi :

  • 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus en France utilisaient l’IA en 2025 (Insee), trois fois plus qu’en 2023. Moyenne de l’UE : 20 % ; Danemark : 42 % (Eurostat, même méthode). Nuance : en 2025, la génération d’images a été ajoutée à la liste des technologies, donc une partie du bond tient à la méthode ; et les questions ponctuelles posées par des salariés à un chatbot ne sont pas comptées.
  • 55 % des dirigeants de TPE-PME utilisent l’IA générative, dont 17 % régulièrement (Bpifrance, fin 2025). Ce sont les réponses des dirigeants eux-mêmes, y compris « j’ouvre ChatGPT de temps en temps », d’où un chiffre plus élevé que celui de l’Insee. Le panel porte sur des entreprises qui ont des salariés : les micro-entrepreneurs sans salarié n’entrent presque pas dans ces mesures.
  • 30 % de l’ensemble des entreprises britanniques, y compris les plus petites, utilisent l’IA, et 38 % parmi celles de 10 salariés ou plus (statistique britannique, octobre 2026). La part globale ne progresse plus depuis l’été, celle des entreprises plus grandes continue d’augmenter.

En résumé : en France, beaucoup ont essayé l’IA, mais peu l’ont intégrée à leur travail. C’est l’écart entre « j’ai essayé » et « je m’en sers chaque semaine » qui va surtout évoluer.

Trois prévisions vérifiables

Prévision 1Pour l’année 2026, au moins 23 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utiliseront l’IA, et la France rattrapera la moyenne de l’UE. Mécanisme : les fonctions génératives s’intègrent aux logiciels de bureautique courants, et les entreprises entrent dans la statistique sans acheter d’« IA » à part. La série française : 6, 10, 18 % ; le Danemark a franchi ce niveau environ deux ans plus tôt et a continué de progresser. En toute transparence : l’enquête porte sur le début de 2026 et a déjà été menée, nous n’attendons plus que sa publication (entre fin 2026 et mi-2027) ; en revanche, la liste des technologies n’a pas changé depuis 2025, la comparaison sera donc plus propre.
Nous nous serons trompés si le chiffre est inférieur à 21 % ou si la France reste sous la moyenne de l’UE ; entre 21 et 23 %, la prévision sera validée en partie et nous en analyserons les raisons.

Prévision 2Plus de 22 % des dirigeants de TPE-PME utiliseront régulièrement l’IA générative. Mécanisme : en un an, cette part est passée de 6 à 17 % (+11 points), et la hausse porte sur l’usage régulier, pas seulement sur les premiers essais. Vérification avec le baromètre Bpifrance de janvier 2027.
Nous nous serons trompés si le chiffre est de 20 % ou moins ; entre 20 et 22 %, validation partielle.

Prévision 3D’ici avril 2028, deux fonctions déjà disponibles aux États-Unis arriveront en France : l’achat directement dans le chat de ChatGPT et la publicité dans les réponses d’AI Mode de Google. Mécanisme : le retard ne vient pas de la demande, mais des règles européennes sur les données et les services numériques, et en France, en plus, des négociations avec la presse sur les droits voisins. Les réponses IA de Google sont arrivées dans une partie de l’UE environ 10 mois après les États-Unis, en France au bout de 26 mois, et la publicité dans ChatGPT environ six mois après. Vérification finale en avril 2028.
Nous nous serons trompés si, à cette date, au moins l’une des deux fonctions n’est pas disponible en France.

Ce qui ne figure pas dans nos prévisions, et pourquoi

  • « La France va devenir le Danemark. » La réussite danoise repose en grande partie sur un État numérique et sur la confiance qu’on lui accorde. C’est une institution, pas un outil : ce n’est pas un retard à rattraper, c’est un modèle différent.
  • Les comparaisons avec « 89 % des petites entreprises américaines ». Ces chiffres reposent sur d’autres méthodes : parfois « j’utilise ChatGPT », parfois « l’IA est intégrée au produit ». On ne peut pas les mettre à côté des chiffres français.
  • Les promesses d’une IA qui remplacera un métier. Nous n’avons pour cela ni décalage mesurable avec un autre pays, ni mécanisme précis à avancer.

Le plan « Osez l’IA » vise, d’ici 2030, l’IA dans la moitié des TPE. Pour l’instant, la plupart de ses outils s’adressent aux entreprises de 10 salariés ou plus, et la première année a surtout servi à informer.

Ce que cela change pour vous

  1. Noter dans votre agenda les dates vues plus haut : plateforme de facturation électronique, déclarations tenant compte des prélèvements effectués par les plateformes.
  2. Intégrer l’IA à une tâche récurrente plutôt que l’essayer de temps en temps. Par où commencer : notre guide « Cinq tâches ».
  3. Vérifier si les réponses IA de Google et de ChatGPT vous voient, avec notre guide : elles fonctionnent déjà en France.

Informations à jour au 15 octobre 2026. Révision en octobre 2027. Sources : Insee Première n° 2120 ; Eurostat sur l’IA dans les entreprises ; Bpifrance Le Lab, 82e baromètre ; ONS, octobre 2026 ; bilan à un an du plan « Osez l’IA » ; Google sur le lancement des réponses IA en France ; MacGeneration sur l’arrivée de la publicité dans ChatGPT en France ; analyses du règlement (UE) 2026/1744 (White & Case).

Qu’est-ce que cela change pour vous ?

Dites-moi quelle est votre activité. Je vous dirai lesquelles de ces dates concernent votre entreprise et ce qu’il vaut mieux préparer.

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Le mentorat couvre tout le parcours : de l’immatriculation aux déclarations et au choix des outils.